Dans la solitude des femmes pionnières, la Voix comme alliée

Cet article correspond aux notes que j’ai prises pour rédiger un essai plus large sur ce sujet.

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Aucune vérité, seulement des expériences véritables

Les mots ci-dessous sont par nature parcellaires, fragmentant la réalité selon un point de vue qui est le mien. Malgré ce réductionnisme, j’espère comme toujours faire saisir à quel point la tension entre singularité et multiplicité des vécus est précisément ce qui fonde le sentiment d’appartenance et de reliance entre êtres vivants.

Solitude, femmes, pionnières : autant de mots que d’expériences. Solitude comme isolement ou communion et tout ce qui existe entre les deux. Femme comme personne faisant partie d’une communauté confrontée à des normes encore pesantes, rejoignant ainsi tous les êtres amenés à se déconditionner pour vivre plus libres. Pionnier, pionnière : celui ou celle qui trace un sillon nouveau, en clair chacun d’entre nous d’une façon ou d’une autre, plus ou moins visible, plus ou moins glorifié ou méprisé par la société.

Le rôle de la voix parlée, chantée, écrite, me paraît primordial dans la capacité à assumer sa singularité quand tout autour semble faire doucement ou lourdement pression pour nous faire rentrer dans le rang. 

Voici quelques notes fragmentaires et non exhaustives pour me rappeler où trouver la justesse, comment faire de ma voix une alliée et du temps un miroir révélateur.

Solitude, entre nécessité et souffrance

Solitude bienfaisante : grâce du silence, étape nécessaire à la connaissance intérieure, libération, individuation, expériences de reliance au tout.

Solitude néfaste : évitement social anxieux permanent, refuge aveugle sans approfondissement de sa Voie, silence qui réprime la Voix et la Joie de parler, chanter, écrire… Solitude parfois due aux jugements, à l’incompréhension, aux critiques, aux moqueries, au sentiment de ne pas faire partie de cette époque. Née trop tard ou trop tôt pour incarner cette Voie?

En anglais : solitude, loneliness, plus de nuances pour distinguer le fait d’être seul du fait de se sentir seul.

Mythe, illusion de la sépration : moi vs les autres, mon faux self pour complaire aux attentes vs mon vrai « moi » quand je suis seul. La Voix : ce lieu, cette pratique d’unification des polarités intérieures. Pas de souffrance inutile, pas de jugement sur le fait d’être seul par décalage avec les autres.

Solitude : écoute de la Voix intérieure qui mène au discernement. Pensées plus claires, Voix plus « vraie », permettant ainsi un retour vers l’extérieur nourri de soi pour nourrir les autres. Aller-retour nécessaire pour prendre soin des autres, c’est à dire créer, mener, soigner, accompagner, aider, enseigner… aimer.

Jugement de la société sur celui qui se retire, sauf cas déjà associés à une solitude nécessaires : archétypes et stéréotypes des sorciers sorcières, des chamans, religieux, ermites, guérisseurs… voire artiste maudit!

Confusion entre retrait et coupure, solitude potentiellement vécue alors comme malédiction (« je ne peux pas être avec les autres en étant moi »).

Solitude bien approchée par la Voie de la Voix intérieure et la pratique joyeuse de l’expression créatrice: discernement affiné envers les expériences et ressentis, moins d’hyper réactivité, sélectivité ultérieure des lieux, personnes, activités (et pas besoin de snober ou mépriser! Il s’agit d’un acte d’amour de soi pour mieux aimer l’autre). 

Voix du dedans, voix du dehors

Identifier les voix internalisées qui veulent nous réduire à une image déjà projetée mille fois au cours des générations ou siècles précédents.

Repérer les voix du dehors qui viennent alimenter cet espèce d’imaginaire (un leurre car c’est uniquement un écran de projections passées).

Pour qui explore sa Voie par la Voix, il est très aidant de reconnaître : comment j’utilise ma voix, pour dire, chanter ou écrire quoi, comment je me présente aux autres, quel crédit je leur accorde (et quelles dettes je me crée en croyant devoir les satisfaire).

Tout fait signe et sens quand on passe notre expression personnelle au tamis de la Voix.

Travail d’observation qui peut se faire au quotidien mais aussi sur le long terme en prenant des repères pour constater notre évolution.

A quel moment je me mets inconsciemment la pression pour correspondre, dévier de ma Voie pour me rapprocher de celle des autres?

Est-ce que je sais me servir de ma Voix pour me réconforter, me valider moi-même, me recentrer et me préserver?

Diverger, quand le décalage n’est plus un problème

Diverger un peu, beaucoup, pas du tout… entourage familial, professionnel, amical, spirituel, artistique, géographique, cognitif etc.

Thème de l’enfant subversif, celui qui inverse la roue du karma, évoqué dans mon livre « S’autoriser à être. Visages de la honte, voix du plaisir ».

Connaître les fondements et les effondrements de notre arbre généalogique fournit une boussole précieuse.

« Parfois, tu crois être le vilain petit canard et tu crois devoir faire encore plus preuve de ta valeur. Si tu as surmonté la faiblesse de vouloir rentrer dans le rang des complaisances, il te reste pourtant à ne pas te fourvoyer en traçant ta Voie comme on entre en guerre. Diverger pour diverger n’a aucun sens. Une branche qui s’orient vers un autre coin du ciel le fait grâce aux autres branches alentour qui lui laissent la place, grâce aux racines qui la portent. Ne pas oublier de le sentiment de différence, de décalage, est tout relatif. Il peut devenir un leurre du cerveau qui croit alors que la séparation entre moi et les autres est vraiment palpable. De fait, oui : je suis un et l’autre est un. Et pourtant, tout nous réunit au-delà des couches superficielles. Accepter de diverger ne veut pas dire fuir les autres, ni les contredire à tout prix. C’est trouver l’endroit où l’on peut toucher son coin de ciel pour en faire aussi profiter les autres, en donnant à cet arbre une autre allure. Peut-être un peu bizarre ou tordue, mais vivante. L’image parlera ou non, pour moi c’est une évidence. »

Tracer son chemin

Où vient se placer la Voix là-dedans?

A nouveau, l’arbre : l’arbre trace son chemin au milieu des autres en se frayant parmi le sol et vers le ciel. Ma voix n’existe pas sans celle des autres, ma Voie non plus.

Beaucoup opposent encore assumer sa singularité et revendiquer quelque chose.

Je ne porte ni drapeau ni bible, je fais le constat que je me retrouve très rarement en réelle connexion avec d’autres, voilà tout.

Mais ma maison, c’est ma Voix : en elle, je me sens liée charnellement et spirituellement au coeur de ce qui fait palpiter l’humanité, le vivant.

Voir ces notes déjà multiples dans mes livres sur les expériences de grâce vécues de façon très simple lors d’improvisations en solo.

Là où la voix se place bien, tout l’univers intérieur vient faire signe au-dehors. Harmonie : haut comme bas, dedans comme dehors etc.

Tracer sa Voie devient : connaître de plus en plus intimement ma Voix parlée, chantée, écrite, pour raffiner les message que je porte.

Fidélité, foi? Oui, sûrement. Se rappeler que je ne suis qu’un passage, un canal, un instrument. Plus facile alors de ne pas se sentir porter une responsabilité écrasante, de ne pas se prendre pour une autre.

L’humilité est indispensable, évidemment.

Se mettre en réceptivité pour recevoir de ma voix les messages que mon âme veut faire passer, y compris les messages du corps d’ailleurs. Pour rester attentif aux souffrances et aux joies des autres, qui m’enseignent ce que je suis et me font comprendre que je ne suis qu’un passeur dans ce monde.

Trouver des voix aidantes

Aidantes, inspirantes, galvanisantes. Chacun son élément prédominant, pour moi air et feu, et les êtres de feu sont certainement ceux qui m’aident le plus à me faire briller les yeux et libérer ma voix. Les rencontrer, les trouver, les appeler, rester en contact avec eux quelle que soit la manière. 

Une lignée de voix aidantes pour soutenir ma propre voix, car bien sûr nous sommes tous des étoiles sur des orbites entrecroisés, bien sûr les cercles de nos vies passées, présentes, futures, s’interpénètrent. Karma, loi de cause à effet, interêtre et interdépendance, beauté des racines communicantes. 

Trouver des voix alliées qui m’ouvrent la Voie, dans tous les sens du terme. Qui me fait chanter, aimer, écrire, danser, rêver, commencer, avancer, initier, oser?

Ma pratique favorite quand je n’y crois plus, quand je ne sens que je ne peux pas retourner en arrière ni me conformer ne serait-ce qu’un tout petit peu, des fois que ça soit plus facile : faire appel à ces voix singulières. Travailler avec elles. 

Lignées d’esprit, lignées intergénérationnelles, lignées inter espèces… pas de frontières, seule compte la connexion d’âme. Pratiquer cela bien sûr, ne pas le négliger : je marche mon chemin, je parle ma voie, grâce à tous ces autres avant moi et après moi, au présent aussi. 

Poser sa voix, oser encore et encore

poser sa voix : affirmer sans se fourvoyer mais en acceptant les défis et les détours parfois, pour mieux se retrouver

Régulation nerveuse, énergétique, jeu de l’ego qui va trouver peu à peu ses marques en se démarquant de ce qu’on croit sur soi… Transmuter l’énergie pour acquérir la sagesse de l’utiliser au service de la vie, plutôt que pour se prouver des choses ou fatiguer le mental ou le corps.

Tout le travail d’exploration et de sublimation par la voix et le corps trouve ici son sens : il suffit de peu de choses pour harmoniser corps et voix mais cela demeure complexe. Il s’agit surtout de pratiquer avec conscience pour être toujours plus près du coeur de son coeur.

Dénuement, vulnérabilité, puissance, intuition : tout cela se joue en même temps, tu ne peux pas vouloir l’un sans l’autre. Ou alors tu retournes dans une vie aseptisée où tu sais performer un rôle mais tu te perds, santé et âme.

Nourrir sa Voie par la Voix était tellement une nécessité pour moi que j’en ai fait mon « business » (rire), je suis « busy » avec ça. Non, ce n’est pas une occupation, c’est un art de vie. La seule façon que j’aie trouvée. Les voix qui m’aident, je les connais bien, je sais qu’elle ont elles aussi fait des choix assez radicaux : soin de soi, guérison intérieure, protection énergétique, méditation, choix ultra sélectifs… pas un fourre-tout mais une attention portée quelle que soit la forme, à « revenir à soi » pour ne pas être influencé par les autres ni son mental. Etre inspiré oui, être détourné non.

Chemin de paix et d’inspiration, de nourrissement extérieur et intérieur. 

Comprendre le sens de sa réalisation

Possible en vieillissant j’imagine? 

Pour soi devient pour les autres et vice versa, c’est à dire grande connaissance des limites, des besoins, des envies. Et offrir aux autres une part de son chemin sans chercher rien de spécial. Etre un exemple de ce que peut être un humain, pas pour se glorifier ou pallier le manque d’amour propre.

Possible seulement quand le corps a intégré que les cicatrices sont fertiles d’amour et de réalisation future.

Pour ma part, aucune revendication, aucun sentiment de revanche sur la vie. 

Etre pionnière, est-ce que c’est moi? Aucune importance si ce n’est cette certitude d’avoir choisi la Vie pour suivre cette Voie par ma Voix.

Acquis : le sens des blessures, les leçons des pseudo échecs passés, la compréhension de ce que mon ego cherche encore à prouver, la compréhension fine de ce qui me rend joyeuse, disponible et inspirée, le devoir d’écoute dans le non faire plutôt que l’agitation stérile et épuisante. L’alignement comme on dit?

Le sens vient des moments de paix où les questions s’érodent. 

Je crois que les expériences de plénitude, sans être forcément des moments de grâce, sont des confirmations.

A chacun de savoir observer, écouter, avant de reprendre la route de de l’expression.

Etre leader : avant tout être acteur plutôt que spectateur, mais leader conscient et créateur de nouvelles formes de vivre et de penser, de nouvelles formes d’aimer.

Pour finir : le silence contient tout. La vibration unique d’une Voix et de sa Voie de réalisation se trouve dans ce vide si plein de vie pure et pulsatile. A celui qui chante avec son coeur, la vie répond toujours avec une pertinence et une tendresse infinies. 
Cette solitude est un creuset alchimique, pas une malédiction. Elle est le point d’initiation des grandes avancées, et le lieu de la création véritable, là où tout se répond pour donner sens, soutien, courage et confirmation.